La langue de bois des charmeurs de citoyens

Publié le par modem08

La langue de bois est plus ancienne qu’on ne le pense. Elle exprime une sensation claire, une sorte de stéréotype de la phraséologie. Ce n’est pas tout à fait la « pensée unique » mais un curieux mélange d’idéologie fixe, mécanique et dogmatique à la fois, dont l’élu (droite ou gauche) reste un modèle parfait.

Cette langue de bois fonctionne à travers des repères quasi consensuels dans lesquels se reconnaissent les adeptes. Il n’est pas nécessaire de posséder telle ou telle opinion, le système fonctionne sans références possibles, il y a affrontement selon la même méthode mise au point dans le plus parfait mépris de la syntaxe ou de l’intelligibilité des mots.

Nombreux sont les politiciens de notre génération qui en demeurent les partisans les plus habiles, mais comme cela s’avère contagieux, d’autres en utilisent les ingrédients.

Est-ce une forme de délayage verbal que nos instituteurs fustigeaient en nous répétant « assez de bla-bla, jeune homme » ou est-ce le domaine incontrôlable du « parler pour ne rien dire » ?

En quelques années, les phrases plates avec des mots vides, à droite comme à gauche, ont pris la relève du discours honorable des politiciens humanistes que nous sommes.

BERNANOS affirmait que l’homme public se devait d’employer « la langue des plus démunis », c'est-à-dire celle que nous comprenions.

Parler pour le peuple c’est parler comme lui, sinon c’est la mort du débat démocratique.

Donner des exemples serait vain, il suffit de lire certains journaux, réputés pour rendre intelligents ceux qui parviennent à les lire.

Des mots nouveaux apparaissent, anglicisés ou non, des mots traditionnels prennent un sens inédits, des adjectifs sortent de l’anonymat et se gonflent d’une interprétation jusque là ignorée, le tout se mélange comme dans une salade où se retrouvent des ingrédients inattendus.

Mais au bout de cela que reste-t-il, sinon la définition même de ce qui s’avère insipide ?

Le pire est ailleurs, au-delà de la fumisterie du populaire baratin. La langue de bois qui pourrait se contenter de ne rien dire, envahit les cénacles de ceux qui ont des choses à dire.

Pris en otage par la culture médiatique ambiante, leurs mots se transforment en boursouflures idéologiques et, à leur tour, ils tombent dans la phraséologie inefficace.

Le phénomène n’a rien d’original, tous ces adeptes ne parlent pas mais s’écoutent parler.

Le défaut dont les conséquences sont graves, c’est que plus personne n’entend. La vérité comme le mensonge tombent dans la même indifférence méprisante.

C’est le temps des idoles, des charmeurs de Citoyens, des beaux phraseurs, des tribuns écervelés et des démagogues dont le verbe sonne bien à nos oreilles.

Le problème, c’est que ce langage qui n’est pas le nôtre, ne correspondra jamais à nos aspirations et encore moins à celles de nombreux citoyens.

C’est le langage des carriéristes de la politique qui travaillent pour le « paraître », en vue de la prolongation maximale de leur carrière, en ignorant le « être » de la vertu du travail pour autrui, sans retour particulier. C’est pour cette raison qu’il existe un nombre important d’abstentions lors de chaque élection.

 

                                                                           Pierre LECLERCQ
                                                                            MoDem Ardennes

Publié dans Société

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v heber-suffrin 22/12/2008 18:32

Le problème c'est que la langue de bois est un langage universel,compris par personne évidement mais comme nul n'a envie de passer pour un imbécile, il hoche la tête comme le chien de la lunette arrière (le moins de vingt ans ne peuvent pas se souvenir...). Ce langage, on le retrouve partout y compris dans le monde de l'entreprise, largement utilisé par les managers pour faire passer des notes de services iniques (oui avec un "i"), surtout d'ailleurs dans les entreprises publiques...
Alors, à une époque où on détruit l'école, où on aculture notre jeunesse, où on lui interdit les armes du savoir, la langue de bois a de beaux jours devant elle. Courage!

ludovic 20/12/2008 01:01

Je vais t'en donner des exemples, le premier (en une seule phrase), écrit par un socialiste, adressé en Préfecture:
Monsieur le Préfet,
LA DEMARCHE QUE JE PILOTE, etc, etc, etc,
Coluche aurait peut-être répondu:
- t'as acheté une nouvelle moto ? Faut dire que depuis que t'es Conseiller Général... avec ce que tu cumules, tu finiras par piloter un avion.
- C'est pas une moto!! C'est une demande de rendez-vous!!
- Mais tu pilotes ce que tu veux..., tu pilotes déjà nos augmentations d'impots, alors piloter une démarche!!!

Une autre dans le magasine de Charleville et dans 3 questions à la nouvelle Présidente de l'Association Régionale des Missions Locales:
- Quels sont les dossiers en cours ?
- Notre mission consiste à aider les jeunes à s'approprier le monde dans lequel ils vivent.
Et un peu plus loin il est écrit : faire évoluer le partenariat qui existe avec l'ANPE

Cette Adjointe au maire déléguée à l'enfance et à la jeunesse, devrait rencontrer les jeunes qui bloquent le travail des entreprises sur les tours de la Ronde couture et leur tenir ce language: ne vous inquiétez pas, nous allons vous aider à vous approprier le monde dans lequel vous vivez.
La réaction risquerait d'être violente.

De plus,ce sont les entreprises privées qui décident et pourraient permettre de donner des emplois à nos jeunes et ce sont les démarcheurs des missions locales qui dialoguent avec le milieu privé.

Une autre, qui est trés bien aussi:
Renforçons les actions de médiation culturelle qui permettent aux habitants de devenir des acteurs culturels et qui leur démontrent que leurs contributions sont essentielles à tous.
(lu dans expression politique du magasine d'octobre de Charleville dans un texte des élus Verts).

J'avoue que c'est très profond.

Essayons de rire de tout cela et bonne fin d'année

Jérôme B 19/12/2008 23:32

Enfin on respire!
La vérité fait souvent mal à entendre sauf pour ceux qui pratiquent cette langue de bois. Alors si à gauche comme à droite, ils la pratiquent, nous devons , au Centre parler avec les mots vrais plus forts qu'eux. Mais comment faire entendre la vérité vrai quand c'est la langue de bois qui les mets au pouvoir.
Les Français sont ils donc de vrais moutons pour oser dire que cette langue de bois les insupporte mais voter pour ces mauvais orateurs finalement au second tour?
et pire devons nous faire alliance avec des gens comme cela et garder la tête haute et finalement l'honneur ?
La finalité du Modem est bien aussi dans un parti nouveau, culotté et chargé d'une mission d'espoir pour beaucoup de jeunes électeurs, entre autres, ou de ceux qui attendent avec impatience un VRAI changement avec un VRAI discours.

Enfin, je rappellerai que si ce n'est pas de la langue de bois, il s'agit de discours de quasi horreur et ils font 20% au deuxième tour en 2002...pas brillant et pas plus honnorifique!

Réfléchissons...