Benoît XVI et le préservatif – Analyse et commentaire

Publié le par modem08

Agacée par le lynchage médiatique auquel nous assistons depuis quelques jours où l'on a l'impression que le monde entier s'octroie le droit de jeter l'anathème sur Benoît XVI en lui refusant, à lui, tout droit à la parole (ses propos sont tronqués ou tus), je vous propose un court exercice pratique non polémique, à partir des sources et non d'extraits (moins de 3 minutes de lecture).

Je suis aussi stupéfaite par la lâcheté et la vanité de ceux qui dénigrent sans aucun risque pour eux-mêmes et, jugent de haut un homme qui n'a pourtant plus à prouver qu'il n'est ni un idéologue, ni un imbécile.

Il me semble que l'honnêteté exige de résister à la tentation d'hurler avec les loups avant de s'être réellement informé.

Pour conclure, après le test et, pour ceux qui en prendront le temps, je vous propose d'autres communiqués: celui du Président du Burkina Faso, également Président du Comité national de lutte contre le sida ; des chiffres de l’OMS ; des interventions d’évêques africains ; la compilation des propos de Benoît XVI sur ce sujet, etc.

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Voici donc le test (dont je ne suis pas l'auteur) :

Etape numéro 1 : lisez cette phrase, source du lynchage mondial

« (…) on ne peut résoudre ce fléau en distribuant des préservatifs : au contraire, cela risque d’augmenter le problème».

Etape numéro 2 : lisez l’ensemble du texte suivant (question et réponse de la conférence de presse de B XVI dans l'avion)

Philippe Visseyrias, France 2 : Saint-Père, parmi les nombreux maux dont souffre l’Afrique, il y a en particulier la propagation du sida. La position de l’Eglise catholique sur les moyens de lutter contre le sida est souvent considérée irréaliste et inefficace. Allez-vous aborder ce thème durant votre voyage ?

Benoît XVI : Je dirais le contraire. Je pense que l’entité la plus efficace, la plus présente sur le front de la lutte contre le sida est justement l’Eglise catholique, avec ses mouvements, avec ses réalités diverses. Je pense à la communauté de Sant’ Egidio qui fait tellement, de manière visible et aussi invisible, pour la lutte contre le sida, je pense aux Camilliens, à toutes les sœurs qui sont au service des malades… Je dirais que l’on ne peut vaincre ce problème du sida uniquement avec des slogans publicitaires. S’il n’y a pas l’âme, si les Africains ne s’aident pas, on ne peut résoudre ce fléau en distribuant des préservatifs : au contraire, cela risque d’augmenter le problème. On ne peut trouver la solution que dans un double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c’est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui implique une nouvelle façon de se comporter l’un envers l’autre et, le second, une amitié vraie, surtout envers ceux qui souffrent, la disponibilité à être avec les malades, au prix aussi de sacrifices et de renoncements personnels. Ce sont ces facteurs qui aident et qui portent des progrès visibles. Autrement dit, notre double effort pour renouveler l’homme intérieurement, donner une force spirituelle et humaine pour un comportement juste à l’égard de son propre corps et de celui de l’autre et, notre capacité à souffrir, à rester présent dans les situations d’épreuve avec les malades. Il me semble que c’est la réponse juste, l’Eglise agit ainsi et offre par là même une contribution très grande et très importante. Remercions tous ceux qui le font.

Verbatim des déclarations de Benoît XVI lors de la conférence de presse dans l’avion vers l’Afrique

Source : salle de presse du Saint-Siège (traduction La Croix)

Etape numéro 3 : répondez aux questions suivantes

1. Recevez-vous les propos du pape exactement de la même manière après l’étape 1 et après l’étape 2 ?

2. Qu’arrive-t-il lorsqu’on isole un morceau de phrase d’un propos global ?

Etape numéro 4

Sachant que :

-       L’Eglise catholique est l’une des institutions internationales qui a le plus d’expérience de la réalité du Sida sur le terrain, parce que 26 % des malades du Sida dans le monde sont pris en charge par des institutions catholiques.

-       L’homme qui s’exprime ici n’est pas un hurluberlu un peu simplet, mais un homme de très haut niveau intellectuel et spirituel qui connaît très bien à la fois la pâte humaine et la question du Sida.

Répondez à la question suivante :

Les propos du pape ne méritent-ils pas qu’on leur accorde un minimum de considération et de réflexion ?

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... et encore :

Le président du Burkina Faso Blaise Compaoré :

Vous présidez personnellement le Comité national de lutte contre le sida. Pourquoi ?

C'est un engagement moral quand on est responsable d'une communauté de 12 millions de personnes. En Afrique de l'Ouest, le sida menace la vie de millions d'hommes et de femmes. Son impact sur la société est considérable. Le chef de l'Etat doit être à l'avant-garde. Le Burkina a développé un cadre stratégique classique avec les éléments clés de la lutte contre le sida : la prévention, le suivi épidémiologique, et la prise en charge des malades. Nous commençons à enregistrer des résultats - le taux de prévalence est passé de 7% en 1997 à 4% en 2003.

Face aux organismes internationaux, il faut savoir résister. On peut nous conseiller, mais pas faire à notre place. Les Européens n'éprouvent pas le danger du sida de la même manière que nous. Pour les Burkinabés, le danger est immédiat. La pandémie est une réalité visible, elle frappe votre famille, vos amis les plus proches. En Europe, vous avez peut-être le loisir de faire des thèses pour ou contre la morale. Au Burkina, nous n'avons pas le temps.

Il y a souvent un gouffre entre ce que disent les médias et ce qui se passe sur le terrain. En Afrique, nous vivons avec le sida au quotidien. Le débat sur le préservatif, tel que vous le présentez, ne nous concerne pas. Les Français aiment la polémique, c'est leur côté gaulois ! Certains critiquent la position de l'Eglise en prétendant défendre les Africains. Soit. Mais la plupart n'ont jamais mis les pieds chez nous ! Je leur conseille de venir faire un séjour au Burkina. Chez nous, l'imam, le prêtre et le chef coutumier travaillent de concert : tous ont l'ambition d'affronter le même mal. Se focaliser sur le préservatif, c'est passer à côté du problème du sida.

Beaucoup de gens ignorent le travail de l'Eglise en Afrique. En France, l'intelligentsia ne comprend pas cette proximité avec les responsables catholiques. Chez nous, l'Eglise est d'abord synonyme d'écoles et de dispensaires. Le débat sur le sida n'est pas théorique, il est pratique. L'Eglise apporte sa contribution. Si l'abstinence est un moyen de prévention, nous n'allons pas nous en priver ! L'Eglise n'a pas le monopole de l'abstinence ! En tant que chef de l'Etat, j'ai pris des engagements dans ce sens depuis 2002 dans le cadre de la campagne "C'est ma vie". L'objectif était de mettre les gens devant leurs responsabilités. Parmi les engagements proposés, certains faisaient directement appel à l'abstinence : "J'ai décidé de m'abstenir de tout rapport sexuel quand mon mari (ma femme) est absent(e)", et "J'ai décidé de m'abstenir de toute relation sexuelle jusqu'au mariage".

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Mgr Slattery de Tzaneen, en Afrique du Sud,
présente
(http://www.zenit.org/article-17020?l=french) le documentaire intitulé «Semer dans les larmes», qu'il vient de réaliser avec le producteur Norman Servais, sur l'épidémie du SIDA dans son pays. Ce documentaire vient de gagner le «Grand Prix» au 22ème festival international multimédia catholique «Niepokalanow 2007» :

"En dépit de la promotion qui est faite dans les écoles pour le préservatif, il y a un taux de grossesse élevé parmi les filles en âge scolaire, parfois jusqu'à 20%".

Mgr Slattery explique que les avantages économiques d'une telle situation sont réels, l'industrie du préservatif étant une industrie multimillionnaire.

"L'Afrique du Sud et les pays voisins du Botswana et du Swaziland ont les taux d'infection les plus élevés au monde et les taux de distribution de préservatifs également les plus élevés. La conclusion est évidente : plus de préservatifs signifient plus de cas de SIDA et plus de morts Il est bien sûr ‘politiquement incorrect' aussi bien ici que dans le monde occidental, d'envisager l'éventualité que le préservatif puisse en réalité alimenter cette maladie mortelle au lieu de la freiner".

L'objectif de l'Eglise dans le pays est de « lever le voile du secret sur le SIDA et d'inciter les gens à en parler ouvertement ».

"On leur fait croire qu'il n'y a pas de véritable crise. Ils voient que beaucoup de jeunes meurent mais on leur dit qu'ils attrapent le SIDA parce qu'ils n'utilisent pas le préservatif correctement. Derrière tout cela il y a une croyance largement répandue selon laquelle les personnes qui meurent du SIDA ont été ensorcelées".

"L'Ouganda a été le premier pays à combattre résolument l'épidémie du SIDA au début des années 90. La position forte et claire du président Museveni a constitué l'élément décisif qui a ralenti la diffusion du SIDA, faisant passer le taux de personnes affectées de plus de 25% à 6% en 2002. Il a prêché le bon sens et non le préservatif, encourageant l'abstinence avant le mariage et la fidélité dans le mariage, comme des valeurs culturelles".

Mgr Slattery précise que des rumeurs sur le rôle de l'abstinence et de la fidélité pour combattre le SIDA, circulent au sein du gouvernement d'Afrique du Sud.

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Les évêques africains défendent le pape

"Je demande aux Occidentaux de ne pas nous imposer leur unique et seule façon de voir. Dans des pays comme les nôtres, l’abstinence et la fidélité sont des valeurs qui sont encore vécues. Avec leur promotion, nous contribuons à la prévention contre le sida [...] Nous ne pouvons pas promouvoir l’utilisation du préservatif, mais prêcher les valeurs morales qui, pour nous, demeurent valables, afin d’aider nos populations à se prémunir du sida : l’abstinence et la fidélité" (vidéo en ligne http://www.ktotv.com/).

Mgr Simon Ntamwana, archevêque de Gitega au Burundi, a dénoncé «le glissement de pensée» de l’Occident et son «hédonisme sexuel devenu comme un chemin incontournable».

"Ce n’est pas le préservatif qui va diminuer le nombre d’infections du sida, mais certainement une discipline que chacun doit s’imposer pour pouvoir changer d’attitude, une attitude qui va l’aider à échapper à un hédonisme qu’il ne peut plus contrôler".

Pour sa part, l’archevêque de Kinshasa (RDC), Mgr Laurent Monsengwo, a expliqué que le préservatif "aggrave le problème car il donne une fausse sécurité, une sécurité qui n’en est pas toujours une".


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Des chiffres éloquents (source OMS),
comparant la progression du SIDA dans les pays africains selon leur religion principale entre 1991 et 2001. Les pays catholiques étaient en moyenne plus touchés que les autres en 1991, et le sont moins en 2001. Catholiques ou pas, les pays d'Afrique touchés par cette immense tragédie méritent que cesse l'instrumentalisation qui est faite de leur souffrance par des groupes subversifs.


Voici donc en 2 colonnes ces quelques données édifiantes sur le SIDA en Afrique Sub-saharienne et les religions.


En 1991, le virus ne s'est pas développé dans une zone religieuse particulière. Les catholiques ont même été au centre du foyer de l'épidémie : le Congo, le Rwanda, le Burundi et l'Ouganda occupent les dernières places.


En 2001, après 10 ans de prévention dans ces pays (et la fameuse "irresponsabilité" de l'Eglise catholique), le classement n'est plus le même et se passe de commentaire…


PAYS RELIGION PRINCIPALE
niveaux d’infection en pourcentages


                en 1991
                                                        en 2001

Guinée Equatoriale Catholique 0,34            Guinée Equatoriale Catholique 3,4

Lesotho Protestant 0,35                                Gabon Catholique 3,63

Afrique du Sud Protestant 0,81                    R.D. Congo Catholique 4,9

Mozambique Animiste 1                              Ouganda Catholique 5

Angola Catholique 1,1                                 Angola Catholique 5,5

Cameroun Animiste 1,34                             Congo Catholique 7,2

Namibie Protestant 1,62                              Tanzanie Catholique 7,8

Gabon Catholique 1,86                                Burundi Catholique 8,3

Swaziland Animiste 2,13                             Rwanda Catholique 8,9

Tanzanie Catholique 4,16                            Cameroun Animiste 11,8

Kenya Protestant 4,49                                  Centrafrique Animiste 12,9

R.D. Congo Catholique 4,57                        Mozambique Animiste 13

Botswana Animiste 5,13                              Kenya Protestant 15

Centrafrique Animiste 6,18                          Malawi Protestant 15

Congo Catholique 6,39                                 Afrique du Sud Protestant 20,1

Rwanda Catholique 7,36                              Zambie Musulman 21,5

Malawi Protestant 7,74                                Namibie Protestant 22,5

Burundi Catholique 9,86                              Lesotho Protestant 31

Ouganda Catholique 12,87                           Swaziland Animiste 33,4

Zimbabwe Animiste 13,25                           Zimbabwe Animiste 33,7

Zambie Musulman 13,47                              Botswana Animiste 38,8

                                                                    Isabelle FAIRY

                                                    Déléguée départementale du MoDem

Publié dans Société

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Commenter cet article

Michel 31/03/2009 14:14

Comme on pouvait s’y attendre, il était peu probable que le pape ait pu prononcer une telle énormité. L’analyse permet de bien comprendre le fond de la pensée. Malgré le préservatif, certes indispensable, celui-ci ne résoudra pas le problème de fond qui est d’ordre moral et sentimental.

Conclusion, sur ce sujet comme sur tout autre, il faut toujours appréhender l’information avec un esprit critique, sachant que les médias ne comprennent pas toujours le fond de la pensée ou plus exactement ce qui est pire, ne veulent pas la comprendre pour n’en exploiter que l’aspect sensationnel, même au risque de conduire les populations à des pratiques suicidaires. Mais peut-être y a-t-il eu aussi un peu de maladresse dans la communication pontificale ?

Tom- 31/03/2009 08:45

@Pulp Fiction :
Dans notre patrie Républicaine laïque, certainement pas mais nous sommes une exception dans le monde.

pulp fiction 31/03/2009 08:16

Bigre, deux articles sur le même thème, faut-il que la Fille Ainée en soit toute remuée.

Certes: ....sapience n’entre poinct en âme malivole et science sans conscience n’est que ruine de l’âme.....

Mais enfin que diable le gardien du dogme a-il à se mêler ainsi des affaires des hommes ? Le docteur de la foi serait-il devenu médecin des corps et spécialiste en contamination ? Et de s'étonner ensuite d'être celui par qui le scandale arrive et ses fidèles de s'indigner de voir ainsi enfler la controverse.