Le lion Peugeot

Publié le par modem08

Peugeot 3008

 

 

L’annonce du plan de restructuration de Peugeot avec 8 000 suppressions de postes sur les 100 000 en France a provoqué un choc. Attendu depuis déjà plusieurs mois, mais repoussé à la demande de la majorité précédente en raison des élections, ce plan a entrainé des fortes réactions, dont certaines très exagérées, notamment celle d’Arnaud Montebourg. Le moment n’est pas à distribuer les mauvais points ou à clouer au pilori une famille industrielle qui fait l’honneur de la France. Il faut toujours se méfier des réactions à chaud et à caractère politicien. La droite n’a aucune leçon à donner à ce sujet, car sa gestion de la politique industrielle depuis 10 ans n’est pas une réussite. Mais la gauche doit faire preuve de sang froid et de respect. Il faut se rappeler que Michel Rocard a connu la fermeture de Billancourt et Lionel Jospin celle de Vilvorde.

J’espère que la rencontre entre Philippe Varin et Jean-Marc Ayrault va calmer le jeu, et permettre une véritable union de toutes les forces sur ce dossier hautement symbolique. On ne peut pas parler à légère d’erreur de gestion et affaiblir ainsi l’image de marque d’un fleuron de l’industrie française. Les marchés sont sensibles et il ne faut pas susciter une OPA. D’un côté, je reconnais que l’on a pu être choqué par le salaire de Philippe Varin qui a atteint 3,3 millions d’euros en 2010, 7ème salaire français, alors que les problèmes structurels de la marque étaient connus. Mais, il faut ajouter qu’il est retombé à 1,3 millions d’euros en 2011, à la 76ème place. Cela représente  toutefois encore 76 SMIC brut annuels. Il est vrai qu’à côté du salaire colossal de Carlos Ghosn, cela semble plus que raisonnable. Ce dernier a gagné en 2011, 2,9 millions d’euros chez Renault, auxquels il convient d’ajouter 9,9 millions d’euros pour Nissan, ce qui en fait le patron le mieux payé du Japon. Au total, Carlos Ghosn touche 750 SMIC brut annuels, soit près de 10 fois plus que Philippe Varin ! De l’autre côté, il convient de regarder les dividendes versés. La famille Peugeot, a touché 78 millions d’euros en 2010 sur les 200 millions d’euros de dividendes versés, mais il convient d’ajouter qu’il n’y a eu aucun dividende versé en 2009, 2010 et 2012. De plus, la famille a participé à l’augmentation de capital en 2012, à hauteur de 133 millions. Sur les 4 dernières années, elle a donc apporté en net 55 millions d’euros. On devrait donc la remercier au lieu de la traîner dans la boue, comme a osé le faire Arnaud Montebourg. La Cour des Comptes rappelle par ailleurs à l’ordre l’Etat qui envoie des injonctions contradictoires aux sociétés dont il est actionnaire : « maintenir leur effort d’investissement, ne pas accroître leur endettement et servir des dividendes élevés…Certains groupes ont même du s’endetter pour satisfaire les exigences de l’Etat en matière de dividende ». L’Etat doit donc être modeste et prudent dans ses critiques.

Jean-Louis Loubet, professeur à l’université d’Evry et auteur du livre « La maison Peugeot », explique très clairement dans une interview à « La Croix » l’éthique de la famille Peugeot : « Les Peugeot ont toujours préféré l’entreprise à l’argent, quitte à se passer de dividendes pendant plusieurs années. La famille est imprégnée de ce capitalisme rhénan qui privilégie la pérennité de l’entreprise et sa transmission à la réalisation de profits immédiats. …Peugeot a financé la résistance et a organisé lui-même le sabotage de ses usines pour faire en sorte que la production ne serve pas aux allemands. Peugeot a été pillé par Volkswagen et n’a été que très peu dédommagé. Le groupe est quasiment reparti à zéro ». La famille Peugeot a réagi aux attaques d’Arnaud de Montebourg par la voix de Thierry Peugeot, Président du Conseil de Surveillance : « Il y a des mots que je n’ai pas aimé et qui ont été répétés : mensonge et dissimulation. Nous sommes prêts à accepter la critique, mais il y a des limites. Il existe dans ce groupe une vraie passion, une fierté, une ambition forte. PSA Peugeot Citroën est le deuxième constructeur européen…Nous sommes des gens responsables, des industriels, des entrepreneurs. Nous avons des valeurs d’humanisme et de respect, sur lesquelles le groupe s’est construit durant toute son histoire. Nous ferons en sorte que ses valeurs soient appliquées dans la mise en œuvre du plan…L’actionnariat  familial est un pilier de l’édifice du groupe, un véritable atout…Le Conseil de surveillance a clairement exprimé son soutien à Philippe Varin, début juin….Tous les membres de la famille qui siègent au conseil de surveillance ou au conseil d’administration du holding FFP, ainsi que tous ceux qui travaillent dans le groupe, vivent en France et y paient leurs impôts ».

Ayant dirigé pendant des dizaines d’années l’entreprise familiale, qui fêtera ses 150 ans d’existence en 2015, et ayant partagé avec la communauté de travail les valeurs d’humanisme et de respect dont parle Thierry Peugeot, je comprends facilement l’émotion que la famille Peugeot peut ressentir en entendant les accusations non fondées proférées par Arnaud Montebourg. Ce dernier, par ailleurs, se bat avec énergie pour la ré-industrialisation du pays, et il mérite d’être soutenu, mais il doit rejeter les vieux démons démagogiques de la lutte des classes. Ayant voté pour François Hollande et, ne le regrettant pas, je me sens totalement libre pour exprimer mon indignation dans ce cas de figure. Dans la situation actuelle, la seule attitude responsable est de soutenir les industriels qui produisent en France. Rouler en Peugeot doit être une fierté. Le lion Peugeot n’est pas mort !

                                                                        Jacques JEANTEUR

 

Publié dans Economie

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Michel 23/07/2012 15:21

Après avoir roulé en Renault durant près de 40 ans, j’ai changé il y a seulement quelques mois mon vieux Scénic de 14 ans pour une Peugeot, notamment en raison de la politique industrielle de ce
constructeur.

L’actualité faite de dénigrement quant à la marque du Lion m’amenait presque à regretter ce choix. Voilà donc un article qui me réconforte, en ce sens que mon jugement semble avoir été le bon.