Retraite ou roupie de sansonnet ?

Publié le par modem08

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Pour en débattre, rendez-vous place Ducale à Charleville au Garden Ice Café, ce jeudi 6 mai à 19 heures 30

La retraite, horizon idyllique de tous les actifs est au cœur du débat dans l’actualité brûlante. Comme toujours chacun y va de son couplet ; alors pourquoi n’y ajouterais-je pas le mien en guise d’introduction au débat programmé ce jeudi dans le cadre du second Café Démocrate organisé par le MoDem des Ardennes ?

 

Les entretiens avec les syndicats du secteur privé sont terminés. Il en ressort que le gouvernement ne dévoile pas ses batteries. Ils se poursuivent actuellement avec les syndicats de la fonction publique et le gouvernement conserve son mutisme sous couvert de consultation des partenaires sociaux.

 

L’une des premières questions est de savoir s’il faut ou non uniformiser les règles entre le public et le privé. La réponse sera probablement oui ! Encore sera-t-il nécessaire d’équilibrer les règles, notamment pour les fonctionnaires, en intégrant les primes dans le calcul de la retraite, c’est fondamental. Et, encore faut-il clarifier le régime indemnitaire des fonctionnaires, ce qui en soit n’est pas une mince affaire ; c’est un autre problème, mais il a, entre autres, son importance primordiale dans le débat.

 

Soyons synthétique - Dans les années 1980, les études démographiques sur lesquelles j’ai eu l’obligation de me pencher, préparation aux concours oblige, préfiguraient à coup sûr notre situation actuelle eu égard à ce problème. L’inertie démographique qui fait la force de cette discipline démontrait que la situation que nous connaissons aujourd’hui était inéluctable.

 

Il aurait donc fallu à l’époque, déjà, se préoccuper de l’avenir des retraités dont on savait que l’âge d’or allait s’éteindre, à terme d’une trentaine d’années. Il est donc possible de reprocher à tous les gouvernements, toutes tendances politiques confondues, qui se sont succédés depuis, d’avoir négligé cette perspective qu’ils ne pouvaient évidemment ignorer puisqu’un modeste étudiant le savait à l’époque. Cependant, même s’ils en avaient eu la volonté, encore aurait-il fallu qu’ils l’aient véritablement, les politiques auraient-ils pu convaincre l’opinion que des mesures s’imposaient pour faire face à ce qui allait immanquablement se produire trois décennies plus tard. Il est évident qu’un candidat à quelque élection que ce soit, faisant campagne sur ce thème, se serait ramassé une gamelle. A qui jeter la pierre ? Au politique, pour manque de courage bien que gouverner ce devrait être prévoir et faire connaître ou, à l’opinion, pour sa courte vue issue d’une insuffisance de formation qui n’a d’ailleurs pas évolué de nos jours, en dépit d’une information foisonnante ? Pourtant, à l’époque c’était les salariés eux-mêmes qui étaient concernés !

 

Aujourd’hui, il est question de l’avenir des retraites à l’horizon 2050 ! Les mentalités ont donc évolué puisque les intéressés en 2050 seront les enfants des quadragénaires d’aujourd’hui. Ceux-ci appréhendent donc un avenir plus lointain que leurs aînés qui ne semblaient même pas voir leur propre avenir se profiler. Cela, probablement en premier lieu, grâce à l’appui des seniors qui maintenant sont en capacité de se préoccuper de leurs petits-enfants, ce qui nous projette sur nos générations de 18 à 25 ans. Indirectement et curieusement, on le doit peut-être également, à l’Ecologie à la faveur de la pédagogie « du durable » qui ne peut se satisfaire de raisonnements à court terme mais, qui cependant ne peut pas pour autant se prévaloir par ailleurs de perspectives socio-économiques salvatrices. L’écologie n’est pas tout, mais tout doit s’imprégner de l’Ecologie. Elle n’est pas en soi la solution absolue, cependant l’Ecologie est un facteur majeur et incontournable de la réflexion socio-politico-économique. C’est en ce sens que j’ai souvent écrit qu’elle est transversale et, sans doute, ne suis-je pas le seul.

 

Bref, nous y voilà, les politiques sont contraints de raisonner au-delà de la durée d’un mandat qui globalement se situe à cinq ou six ans avec en prime, un impératif imminent dans lequel, au fil des ans, nous nous sommes laissés entraîner.

 

Dans les années 1980, la plupart des caisses de retraites étaient sinon florissantes, en tout cas à l’aise (5 actifs pour un retraité, actuellement c’est presque l’inverse). Il aurait donc fallu recommander voire imposer aux caisses, alors qu’elles le pouvaient encore, de provisionner dans la perspective de ce que l’on savait inévitable à terme. Au lieu de cela, comme progressivement de nombreuses caisses ont rencontré des difficultés majeures de financement, il fut institué au nom de la solidarité par ailleurs louable et donc politiquement inattaquable, un système de compensation qui consistait à ponctionner dans les caisses de retraite excédentaires pour renflouer les caisses déficitaires. Le nombre de caisses en difficulté s’accroissant, on en remit une couche quelques années plus tard en ajoutant une règle de surcompensation. Résultat des courses, aujourd’hui nombre de caisses de retraites sont dans le rouge, il en est même et ce n’est ni rare ni récent alors qu’on le sait peu, qui empruntent pour pouvoir verser les retraites de leurs ressortissants.

 

Bien que l’on ait laissé à penser que l’affaire était réglée, il était donc évident en 2003, que l’allongement de la durée de cotisation n’était qu’une partie de la solution et, effectivement ce ne pouvait être qu’une étape, qui politiquement, devant l’ampleur du problème, ne constituait qu’un recul pour mieux sauter. Cette durée est d’ailleurs fortement en question eu égard à la pénibilité du travail dont il faut absolument tenir compte, ce qui, soit dit au passage, est une préoccupation associable à l’écologie qui englobe forcément la condition de l’humain, tout du moins je le pense.

 

Dans un tel contexte, il est clair que nul n’a de solution miracle.

 

Point n’est besoin de tourner autour du pot. Etant donné qu’il n’est plus question d’accroître la durée de cotisation, que l’âge de la retraite devrait être figé à 60 ans selon les syndicats, il ne reste qu’un moyen d’action : le financement par le truchement de trois leviers : l’augmentation des cotisations (ouvrières ou patronales la question reste posée), l’instauration d’un nouvel impôt ou d’une taxe quelconque ou/et de la réduction du montant des retraites.

 

Bien évidemment, par-dessus tout cela, il y a l’emploi dont l’accroissement conditionne entre autres et au-delà du chômage, le financement de la protection sociale et des retraites. Il faut donc en priorité créer les conditions du développement économique qui génère de l’emploi, mais depuis des décennies nous nous débattons avec le chômage sans réellement parvenir à combattre ce fléau. Hélas, certaines solutions n’ont jamais été véritablement mises en œuvre comme par exemple les différentes mesures de soutien à la création d’emplois dans les PME et les PMI (artisanat, commerce, services, industrie) bien que même les spots télévisés gouvernementaux les vantent pourtant comme un réel gisement d’emplois.

 

Que croyez-vous qu’il adviendra ? Probablement un mixage des différentes003 possibilités puisque aucune des catégories de financeurs potentiels (Etat, employeurs, salariés et retraités) ne peut à elle seule supporter la charge d’autant que l’Etat français leader des prélèvements obligatoires ne peut se satisfaire d’impôt ou de taxe supplémentaire et, que le développement de l’emploi ne peut s’accommoder de charges sociales excessives tant du point de vue salarial que patronal. Quant aux retraités – qu’ils soient du privé ou du public - selon les bruits de couloirs ils seraient dans le collimateur du gouvernement malgré un pouvoir d’achat qui ne cesse pourtant au fil des ans de s’amenuiser ; ils viennent de percevoir royalement en ce 1er. avril une augmentation de leur pension à hauteur de 0,9 %. Leur malléabilité et leur relative aisance dans l’inconscient collectif risquent de leur coûter cher, au préjudice essentiel de ceux qui n’ont pour seul revenu qu’une petite retraite, ce qui finalement sera dommageable aux salariés actuels puisqu’ils sont les retraités de demain. A ce titre, ils seront doublement pénalisés dans le temps.

 

Alors, retraite ou roupie de sansonnet ?

 

                                                                                              Michel TONON

                                                                                             MoDem Ardennes

 

Publié dans Société

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Mic hel TONON 30/04/2010 21:57


Tout à fait Ludovic, il faut toujours prendre les chiffres en valeur relative avec précaution selon les cas et selon le contexte, ils peuvent être utiles mais n'en abusons pas.

En l'occurence, l'augmentation en pourcentage des retraites ou des salaires d'ailleurs, est effectivement porteuse d'accroissement des inégalités. Je suis donc tout à fait d'accord avec votre
réflexion.

Cependant, un barème d'augmentations en valeur absolue comme vous le suggérez et donc forfaitaires serait très complexes à élaborer sans pour autant parvenir à une justice de revenus. La solution
serait plutôt de fixer un plancher et un plafond voire, une absence d'augmentation. De cette manière les écarts les plus scandaleux seraient progressivement limités dans leur progression qui, dans
le système actuel, finit par rendre leur montant insultant (en valeur absolue).


Ludovic 30/04/2010 20:22


Vos réflexions sont très pertinentes et intéressantes.
J’ai toujours été surpris que l’Etat donne une augmentation des retraites en % car pour les plus petites, la somme est dérisoire.
Ce n’est pas le cas pour d’autres. En effet, imaginons, (ou calculons), le montant obtenu par ceux qui reçoivent déjà des retraites importantes, (5000, 10 000 euros ou plus).
Les retraités pauvres deviennent de plus en plus pauvres par rapport à ceux qui sont des retraités riches et ces derniers sont très satisfaits de le rester.
Le prix du beefsteak serait-il plus cher pour les retraités nantis ?
Pourquoi ne pas augmenter avec des forfaits équivalents pour chacun ?
Oui je sais, mais j’ai le droit de rêver.