Défense Européenne : rêve ou réalité ?
Que l’on ne s’y trompe pas ! L’annonce de l’arrivée prochaine du bataillon allemand en France n’a aucun rapport avec le développement de la Défense de l’Europe. Ce n’est qu’un déménagement. Comme il y aura aussi le retour en France d’au moins un des trois régiments français de cette Brigade Franco Allemande.
Pour l’Europe, il s’agit de la Politique Européenne de Sécurité et Défense (PESD). Ce projet, bien ambitieux et pourtant nécessaire, a bien du mal à se développer. Deuxième pilier de la construction de l’Europe, il n’apparaît pas comme une priorité pour le Président de la République française. A l’issue des six mois de présidence française à la tête de l’Europe et vus les événements en Afghanistan, il était légitime de penser voir fleurir les projets et plus concrètement faire accélérer les choses. Car des projets l’Europe en a comme par exemple, la création d’une flotte européenne de transport aérien ou la construction d’un groupe aéronaval européen. Pour illustration de projet lancé et laissé sans suite à notre connaissance, le PA2 franco britannique, élément de ce groupe aéronaval, voit les premières démarches entre les deux pays en mars 2006 avec une première enveloppe de 100 millions d’euros. A l’époque, en France, cet engagement devait seulement dissuader les opposants et candidats aux élections présidentielles de renoncer au projet. Qu’en est il aujourd’hui ?
La réponse pour une avancée un peu concrète est l’opération ATALANTE menée sous bannière européenne décrétée opérationnelle depuis le 8 décembre dernier seulement et ayant pour but la lutte contre la piraterie au large de la Somalie. Quatre nations sont opérationnelles dans cette zone : l’Espagne, l’Allemagne, la Grande Bretagne et la France.
Aussi, il est envisagé dans le cadre de la PESD la création de groupements tactiques comme cela avait été fait lors de l’opération ARTEMIS menée entre la France, le Royaume Uni et l’Allemagne de juin à septembre 2003 en République démocratique du CONGO. D’une capacité de 1 500 hommes, ces groupes seraient en mesure de mener des opérations d’une durée de 30 à 120 jours de types humanitaires et d’évacuation telle que l’opération EUFOR Tchad et plus particulièrement le Darfour.
Le point important de ces opérations est qu’elles sont initiées par les pays piliers de l’Europe, la France en tête ou ne bénéficiant pas des moyens logistiques de l’OTAN. Preuve est fait que l’Europe peut donc s’afficher dans le monde avec des missions très honorables sans avoir à se soumettre au contrôle américain et de l’OTAN comme le fait comprendre François BAYROU, opposé à cet « Atlantisme ». Même si la France devrait se voir attribuer deux commandements importants au sein de l’OTAN.
Et il reste encore du travail. Seule la Brigade franco allemande est une force réelle et permanente, symbole d’un état Europe. Le théâtre Afghan montre que plusieurs pays sont présents dans cette zone, à des niveaux d’intervention différents. On espérait que Nicolas SARKOZY allait mettre le pied à l’étrier et relancerait le chantier de la défense de l’Europe. Il n’en est rien.
Reste à connaître, pour poursuivre, les réels moyens humains, économiques et en matériels de notre armée. Une armée française apte à répondre aux exigences européennes ? Une réelle envie des états membres ? Et pour quand ?
Jérôme BARRÉ
Vice président MODEM Ardennes