La schizophrénie française

Publié le par modem08

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            Quelles que soient les périodes, j’ai toujours apprécié le courage et la responsabilité des leaders de la CFDT. Depuis Eugène Descamps (1961-1971), puis Edmond Maire (1971-1988) que j’appréciais particulièrement, puis Jean Kaspar (1988-1992), puis Nicole Notat (1992-2002) jusqu’à François Chérèque depuis 2002, ce syndicat est porteur d’une pensée réformiste et d’une volonté absolue de dialogue social. Les adhérents qui étaient 572 000 en 1965, ont culminé à 900 000 en 1977 et sont stables depuis 10 ans aux environs de 830 000. C’est beaucoup en France, mais c’est très peu comparé au niveau de syndicalisation dans les autres pays européens.

Dans son livre d’avril 1997, « Je voudrais vous dire », Nicole Notat démarre ainsi : « Nous vivons dans un étrange pays, un pays qui possède l’art de se convulser, de se déchirer et de ne s’aimer qu’au travers de crises permanentes. Un pays dont la réalité ressemble fort peu à la représentation qu’en adoptent ceux qu’on nomme ou, qui se nomment eux-mêmes, parfois trop vite et avec trop d’emphase, les décideurs. Un pays qui sécrète une maladie perverse, mélange de fièvre et de langueur, d’emportement et de myopie : la schizophrénie française ». Parlant du gouffre qui existe entre le pays réel et celui des promesses politiques, elle parle notamment de la campagne électorale de Jacques Chirac en 1995, mais aussi de la gauche mitterrandienne, dont elle dit : « Les socialistes, sous Mitterrand, ont sacrifié jusqu’au bout à la schizophrénie rituelle, maintenant un langage, une rhétorique, une culture, bref le décor idéologique qui leur était familier, sans paraître s’apercevoir que leurs actes, au gouvernement, contredisent cet héritage, ni que les français eux-mêmes s’étaient formé une autre image de ce qu’est ou pourrait être la gauche. Les socialistes n’ont pas su ou pas voulu mettre en correspondance leurs actes et leur pensée ». Elle dit ensuite que le milieu patronal est lui-même victime de la même épidémie : « Depuis des décennies, il ressasse un leitmotiv, toujours le même, où il n’est question que d’allègement des impôts sur les sociétés, de diminution des charges, de réduction des dépenses que l’entreprise concède à la collectivité nationale, à la solidarité ». Au niveau du monde syndical elle écrit un peu plus loin : « Les syndicalistes, comme tout le monde, sont menacés de schizophrénie, de conservatisme, de perte de sens du réel ».

            En relisant ces passages écrits en 1997, on pourrait penser qu’ils viennent d’être écrits, tant la situation que nous vivons est similaire à ce qu’elle décrit. En relisant sa conclusion, on peut aussi espérer que son message, relayé par François Chérèque soit d’actualité : « Je veux croire que la dignité, la citoyenneté, sont des valeurs d’avenir. Je veux croire que chaque individu trouvera dans une société moins bancale l’accès au savoir, au jugement critique. Je veux croire au pouvoir d’être libre de sa destinée, de combattre l’injustice, d’engendrer des espérances. Je veux croire que le bien-être matériel ne sera pas réservé à quelques-uns, que le sentiment d’utilité sociale, d’appartenance, par le  travail, à la collectivité, renaîtra chez tous. Je veux croire que le confort des uns ne s’obtiendra pas au prix de l’inconfort des autres, que la tolérance laïque triomphera de l’incroyable caricature qu’offrent de la religion, notamment de l’Islam, seconde religion de notre pays, des fanatiques manipulés. Je veux croire que la singularité de chacun peut être reconnue sans que l’autre soit nié, sans que l’unité bien comprise du groupe en soit écornée. Je veux croire que nos villes ne se transformeront pas en juxtaposition de ghettos rivaux. Je veux croire que la liberté et la responsabilité l’emporteront sur la propagande et le réflexe primaire. Je veux croire à tout cela qui tient en deux mots : solidarité et engagement. Je ne crois pas au paradis, mais à l’invention des hommes, toujours recommencée ».

            Dans le débat télévisé « Mots Croisés » de lundi dernier, entre le ministre Estrosi, Laurence Parisot du MEDEF et Bernard Thibaut de la CGT, François Chérèque est apparu meurtri par cette absence de dialogue social et d’écoute de l’autre. Il n’a pas nié la nécessité de la réforme des retraites, mais il a exprimé son sentiment de n’avoir pas été écouté et respecté. Sa volonté de faire progresser le dossier était évidente et, il a demandé à Laurence Parisot que les partenaires sociaux se rencontrent au plus vite pour parler de l’emploi des jeunes et des seniors, car sans amélioration sur ces deux sujets, la réforme des retraites sera vouée à l’échec. Sa demande a été immédiatement acceptée par Laurence Parisot et reprise ensuite par François Fillon.

Un autre point positif de l’entêtement à réclamer plus de justice dans la réforme est cet amendement adopté par le Sénat qui annonce la réflexion, dès 2013, sur une nouvelle réforme systémique. Cela prouve que le gouvernement a reconnu que sa réforme n’était valable que sur quelques années. Cette réforme systémique était déjà réclamée par François Bayrou dans son programme présidentiel de 2007. C’est l’hypothèse la plus souhaitable aussi pour Jacques Julliard dans le « Nouvel Observateur » : «  Une solution de compromis permettant à chacun de sauver la face. La loi votée, promulguée, mais son application différée jusqu’aux conclusions d’une table ronde réunissant tous les acteurs, avec à l’ordre du jour la définition d’un projet de réforme systémique, peut-être sur la base de la retraite à points à la suédoise, en dépit de la formidable remise en cause des idées et des structures qu’elle suppose. La France est ce pays singulier où, en matière sociale, on ne peut s’orienter vers une réforme raisonnable qu’après avoir essayé toutes les autres ».

            Pour sortir de la schizophrénie française, il faut renouer un véritable dialogue social où la confiance soit réciproque et, sans arrière pensée de pouvoir ou d’avantages catégoriels.

                                                             Jacques JEANTEUR

                                                           Mouvement Démocrate

 

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Michel 03/11/2010 16:17


Tom une vraie nature qui se révèle au-delà de son pseudo qui ne cache rien. Le dénigrement gratuit et un brin fielleux, sans connaître la véritable personnalité qu'on vise. Ecrire et donc penser
sans savoir, sans doute est-ce là sa devise.

Dans la plus pure tradition de ce qu'il y a de plus vil en politique et que combat le MoDem ; anonymat et basses attaques personnelles : tout ce qu'un Démocrate abhorre.


Tom- 03/11/2010 13:06


Les syndicalistes, vous les aimez bien à la télé ou dans les bouquins quand vous pouvez tronquer, interpréter, arranger à votre sauce, mais vous les aimez nettement moins dans vos magasins, pas
vrai ?